
En création
NOTE D'INTENTION
Ce projet est né de ma rencontre avec la chanteuse Vasumathi Badrinathan à Bombay en 2023.
Interprète de chant carnatique de réputation internationale, elle s’est produite dans de nombreux pays tout en poursuivant une carrière universitaire au service de la francophonie qui lui a valu d’être promue Chevalier dans l’ordre des palmes académiques en 2023.
Réunis par notre intérêt pour les problématiques interculturelles, nous avons construit ensemble un projet qui se propose de faire dialoguer les traditions indiennes et européennes à travers deux figures mythologiques fondamentales, symboles puissants de création et offrant de nombreux points communs : Shiva et Dionysos, à travers la musique, le théâtre et la danse.
Il s’agit donc d’une rencontre entre une musique traditionnelle et le chant carnatique d’un côté avec le jazz actuel et le chant de la tradition lyrique européenne de l’autre.
Notre choix s’est porté sur ces deux divinités, car nous nous inscrivons dans un contexte théâtral, or chez les deux est présente une forme de dépassement qui passe par le corps pour accéder à une libération, dans un processus qui rencontre le travail même de l’acteur. Chez Dionysos, le corps est exalté : il danse, crie, saigne. Les ménades le célèbrent en le poussant jusqu’à ses limites.
Pour Shiva, le corps est outil d’éveil dans le tantra : postures (āsana), respirations (prānāyāma), énergie sexuelle transformée. Pour l’un comme pour l’autre, le corps n’est pas à fuir — il est le lieu même du divin, capable de devenir l’instrument de la libération. Dionysos et Shiva sont des dieux qui dérangent, qui transforment. Ils incarnent l’inconnu au cœur du connu, le sacré dans la folie, le divin dans le corps, la libération dans le désordre. Ils montrent que le divin n’est pas toujours ordre et lumière — mais parfois excès, nuit, cri, silence et feu. Dionysos invite à se perdre pour renaître ; Shiva invite à se dissoudre pour s’unir au tout.
Chez les deux, la folie devient une voie d’accès au divin, non pas comme perte, mais comme dépassement de la raison limitée.
Les voies dionysiaques et tantriques sont des moyens pour traverser l’humain… et toucher l’absolu.
Dionysos, souvent accompagné d’Ariane ou des ménades, traverse les genres au point d’apparaître sous une forme androgyne dans certains récits. Shiva est uni à son épouse Parvati, et apparaît parfois avec elle sous une forme fusionnelle en Ardhanarishvara (Shiva mi-homme, mi-femme).
Face à ses figures mythologiques et à ce qu’elles supposent de dépassement, le chant carnatique et sa dimension dévotionnelle est l’allié naturel de Shiva. Né en Inde du Sud au 4ème siècle avant notre ère, son exceptionnelle virtuosité reste subordonnée à une visée initiale d’ordre spirituel, qui s’appuie sur la puissance vocale des interprètes au services de textes poétiques célébrant les divinités.
Dans la perspective de confronter deux traditions musicales, j’ai choisi de faire appel à l’opéra en raison de ses racines : art vocal dont les Grecs antiques ont imaginé les bases en associant chant et poésie, théâtre et musique avec notamment l’emblématique lyre. Chant lyrique, donc.
Pour la modernité, c’est du côté d’une musique de dépassement et de transe que je me suis tourné, aux racines elles-aussi spirituelles (le negro-spiritual), et qui fait la part belle au dépassement qu’est l’improvisation. Ce sera le jazz, dans une forme contemporaine qui appelle au lâcher-prise. Chant lyrique et jazz seront portés ici par deux artistes ouverts à l’expérimentation et ayant déjà travaillé ensemble au sein de la compagnie (Qu’est-ce qui se sépare, 2022) ; Célia Pierre-Gay et René Le Borgne.
Gilles Losseroy
Shiva et Dionysos : une rhapsodie hindoue
Création 2028

Dossier de présentation (en cours)
